Liblime, Koha, BibLibre et le libre

Il y a été fait allusion dans un billet précédent : la communauté Koha vit des soubresauts.

Début de la version courte
Dans ce billet nous voulons faire 3 choses:

  • décrire ce qui arrive (version courte: LibLime, société qui a été notre homologue aux Etats-Unis, fait un fork Koha)
  • donner l’interprétation de BibLibre sur ce qui arrive (version courte: cela montre à la fois les faiblesses de cette communauté particulière, et les forces du principe d’organisation du logiciel libre. Les actions de ce seul prestataire n’auront pas d’impact sur le logiciel Koha lui-même, et un impact sans doute très temporaire sur la communauté: au mieux, cela poussera la communauté à mieux s’organiser, un bien qui sortirait d’un mal)
  • tirer pour BibLibre les leçons de ce qui arrive. (version courte: BibLibre fait partie de la communauté, restera dans le Koha “commun”, ne suivra certainement pas le chemin de LibLime et va, de ce pas, ancrer, son engagement dans le logiciel libre dans ses contrats, en allant au-delà de ce qu’impose la licence GNU/GPL)

Début de la version longue

1. Que se passe-t-il?

LibLime, prestataire américain qui “fait du Koha” depuis 2005, s’est petit à petit désengagé de la communauté Koha, ne participant plus aux listes de discussions, ni au channel de chat dans lequel tous les développeurs sont connectés et communiquent tous les jours. Puis en envoyant de moins en moins de développements dans le “tronc commun” de Koha. Bref, comme on dit, on le sentait venir depuis un moment, et finalement, au début de ce mois, LibLime a annoncé qu’ils proposaient une nouvelle offre: LibLime Entreprise Koha (LEK).
De quoi s’agit-il? D’une version de Koha qui contient des développements auxquels seul LibLime a accès, des “bonus LibLime“, si on peut dire, et qui est accessible uniquement en mode hébergé chez LibLime.

  1. une version qui s’appuie sur Koha mais a des trucs “spéciaux”, et qui suivra son propre cycle de développement, c’est un fork; Pour l’instant c’est du 80% Koha et 20% LibLime (disons), mais avec le temps, l’incompatibilité technique entre les deux versions, qui évolueront chacune de leur côté, fera qu’on aura plus vraisemblablement quelque chose comme 20% Koha et 80% LibLime. Il ya tout chance que LEK devienne donc à terme un autre SIGB.
  2. Empêcher le téléchargement, est-ce légal ? Koha a une licence GPL, qui dit entre autres que n’importe qui a le droit de diffuser le logiciel. Mais l’astuce employée par LibLime consiste à proposer sa version uniquement en mode hébergé; or, en hébergé, LibLime ne diffuse pas son produit, et ne le transmet donc pas à la bibliothèque, qui se contente de se connecter sur un serveur LibLime. Cette version n’est, formellement, pas diffusée du tout. C’est un contournement de la GPL grâce au cloud computing. Cela signifie aussi d’ailleurs que LibLime n’installera jamais sa version dans une bibliothèque : c’est “dans les nuages” ou rien.

2. Comment comprendre ce qui se passe?

Nous partageons sur ce point l’analyse de Chris Cormack, développeur de Koha version 1, et qui travaille chez notre homologue néo-zélandais Catalyst. Les forks sont une péripétie de la vie de bien des projets Open Source et n’ont rien de dramatiques. Tel projet issu d’un autre avancera plus vite, moins vite, s’orientera dans une direction technique différente, rejoindra la branche principale après un temps, etc. Cela fait partie de la vie normale d’un projet Open Source. Mais ce qui ne va pas ici, c’est le “spin”, c’est-à-dire la communication de LibLime, qui ne veut pas avouer avoir fait un fork et veut avoir le beurre (un produit “réservé”) et l’argent du beurre (un label open source).

3. Quel est le positionnement de BibLibre par rapport à tout ça

  1. Commercialement, la position de LibLime n’a, à nos yeux, pas de sens. La ligne étroite entre propriétaire et open source n’est pas praticable: ils tomberont d’un côté ou de l’autre assez rapidement. Mais nous ne voyons pas LibLime réussir comme prestataire propriétaire: ils laissent sur le bord de la route ce qui a fait leur succès jusqu’ici, i.e. représenter une autre proposition pour les bibliothèques. BibLibre ne fera certainement pas cette erreur: une entreprise peut échouer (et réussir) pour tout un tas de raisons, mais pour nous, ce ne sera jamais parce que nous ne croyons pas à ce que nous faisons: des services aux bibliothèques autour des logiciels libres.
  2. BibLibre continuera de diffuser ses développements dans le tronc commun des développements de Koha. Nous avons développé, en 2009, beaucoup de choses pour les BU d’Aix-Marseille, pour le SAN Ouest-Provence, pour d’autres. Tous ces développements intègrent petit à petit la version officielle de Koha en cours de développement.
  3. BibLibre publie son travail interne au fur et à mesure qu’il est réalisé, c’est-à-dire avant intégration dans le tronc commun de Koha. Public. Accessible. Téléchargeable. En GPL. Cf http://git.biblibre.com/cgi-bin/gitweb.cgi?p=koha;a=summary. Si et quand nous développons des choses qui ne sont pas du “Koha standard” -ce que nous évitons le plus possible- nous le diffusons ici. Par ailleurs une liste complète des dépôts publics des entreprises ou développeurs individuels qui “font du Koha” est accessible sur le wiki.
  4. BibLibre a décidé de modifier son contrat d’hébergement pour “boucher la faille” de la GPL exploitée par LibLime: pour les nouveaux signataires de notre contrat hébergé, et au moment des renouvellements des contrats en cours, une clause sera ajoutée qui spécifie que, quand bien même l’installation serait hébergée, la bibliothèque peut disposer du code source, en GPL, à sa demande. Systématiquement.
  5. BibLibre incite les bibliothèques qui font appel à ses services pour faire des développements à inscrire dans leur contrat: que ces développements seront sous licence libre et qu’ils seront publiquement accessibles sur un dépôt quelconque
  6. En l’absence, à l’époque, de structure communautaire capable de recueillir ces éléments, BibLibre s’est retrouvé “propriétaire” du nom de domaine koha-fr.org et quelques domaines assimilés, de la marque “KOHA” en France et, depuis l’an dernier, de la marque “KOHA” pour l’Union Européenne. Nous avons toujours dit que nous gardions ces “possessions” pour la communauté. Et de fait nous ne les avons jamais utilisé. Mais ça suffit: le “cas LibLime” montre qu’il n’est plus possible de tenir cette position et nous souhaitons nous “débarrasser” de tout ça au profit de la communauté. Qui s’organise. Qui doit s’organiser. Un sondage et une réflexion sont en cours sur la meilleure forme d’organisation. Avec des solutions à court terme, et des solutions à long terme. Nous avons participé au vote, et recommandons, à court terme, d’avoir recours à HLT, la bibliothèque qui a installé Koha la première, en 2000, en Nouvelle-Zélande, et dont le statut lui permettrait de recevoir ces assets (comme on dit). Nous verrons ce qu’il en sort, mais BibLibre donnera à l’organisation retenue pour cette solution à court terme, quelle qu’elle soit, les noms de domaine et les Trademarks. Le plus vite sera le mieux
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